lundi 29 janvier 2007

Mur de silence

Mutisme.

Plutôt que du ciel fâné dépeindre des rêves, mouchoirs et vagabondage brouillés de cheveux épicés, petits matins mêlés d'envies avortées...
Plutôt que cette pagaille douce amère en brocante sous vos yeux, je vais me taire.

Pour quoi écrire?

Ma plume vire hors du papier, mes doigts caressent d'autres steppes immenses. Le bruit des touches s'éloigne, les mots se gèlent sur le seuil de ma bouche.

Une digue. Le fleuve de lettres vagues, de désespoir retenu ficelé d'encre débordante, un flot continu de larmes-libellules.



Je ne sais plus dire.

Ecrire m'échappe.


Dois-je encore poser des bouts de monde, des drapés de prose, des douceurs tintées d'exostisme dans cette danse verbale?

Dois-je encore écrire?

Sans vos pupilles gourmandes pour les cueillir, sans elles pour de mes divagations faire des bouquets à jeter en l'air en brassées d'artifice, elle serait vaine et sèche ma plume volante.


Mais ce soir, mais tous les autres soirs.. pour qui écrire?


Non mes mots ne valent plus rien.... des cailloux des branches tombées à terre des brins d'herbe un reflet dans le ruisseau une caresse sur ta main...

Si peu, vraiment.


Je vais les murer , un moment. Les retenir, les taire.

Ils n'apportent rien, ils ne sont même plus beaux.


Alors, une barrière de brume, une muraille de chagrin, un rempart d'espérance.

Une pallissade érigée avec des bricoles amassées, du doute vaporeux, de l'organza de larmes, un jupon d'insouciance, encore. Si peu...

Pas une bréche, pas une fenêtre ouverte, mes volets seront clos.



Je me retire, un moment.

Pas un bruit.



Juste le silence du doute.
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Portrait en Clair Obscur

Je suis un peu des deux,
je suis la feuille et la plume, l'étoile et le Petit Prince, le rêve et la nuit, le désert de glace et l'aurore boréale, la vanille et le chocolat, l'océan et son rivage.
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Indissociable, mélangée, confuse, chamboulée.
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Je vis en clair obscur.
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La pâleur extrême de mon visage, de mes lèvres quand j'ai peur. Le voile fantasmatique du doute qui me recouvre tout entière.
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L'obscurité dans mon regard, le nuage noir qui l'assombrit, l'orage. Mes sourdes colères contre ce qui ne va pas, dans ce monde, en moi.
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La pureté de mon espoir, de ma folle croyance, de mon amour immense. La lumière de cet amour, les rayons qu'il diffuse sur mes jours.
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L'ombre sauvage de ma silhouette rejetée, les silences dans lesquels je me mure parfois. Ma peur d'être moi, ma peur de ton regard. Ma fragilité désespérée.
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La virginité éclatante de la feuille du papier, celle-là même sur laquelle viendront s'écrire mille et unes rêveries, des bribes de pensées volées deposées recueillies religieusement.
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La nuit infinie de mes pensées fantômes, et ces cauchemars tatoués à l'encre de chine sur ma peau, et ces démons qui me hantent.
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La clarté pure et lumineuse de la foi que j'ai en eux. En mes projets aussi, mes convictions. Ce soleil blanc qui m'attire et vers lequel que m'efforce de tendre.
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La noirceur de quelques souvenirs, taches sombres sur la ligne du passé, douleurs qui sont venues m'envelopper à peine sortie des limbes de l'enfance.
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Le blanc cotonneux des mondes où je m'échappe en songe, les rêves qui me portent et m'illuminent, les paysages inventés.
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Le noir profond du désespoir qui m'enchaîne, cette peur saisissante de ne pas être à la hauteur, de ne pas parvenir à décrocher la Lune. D'être faible, à leurs yeux.
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Je ne suis qu'un clair obscur à peine esquissé sur un carnet de croquis, à peine visible.
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Regardez moi: pas plus que cela, un tango gribouillé un soir de fabulations éclatées, un simple songe, éphèmere, volatile...

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Mais qui me retiendra?

vendredi 26 janvier 2007

Contre plongée et robe blanche

Je n'en suis jamais vraiment partie.
Bellevue.
Le petit monde qui porte si bien son nom, tant il ouvre le regard et le sublime.


Tout cela me manque.
J'ai la mélancolie en bandoulière, ça prends dans le bas du ventre, ça chavire, tue le souffle.
J'ai froid, je m'égare dans les turpitudes douces amères de ces belles années.


Vague tristesse, emplissant les poumons.
J'attaque les chemins du retour en balancé arrière.


Je suis comme écartelée entre tous ces lieux, où chacune de vous vivez désormais.

De la neige qui craque sous mes pas, un parfum de chocolats chaud, le vent frais et je balance vers hier.

Je souris ; une larme coule, et je me dis que c'est le vent.

Cet après midi là, je ne sais pourquoi, s'accroche dans mes pensées, se déploit sans cesse, me fais de l'oeil.
Cet après midi, magie de l'hiver délicat, de vos rires dans l'air et de la joie infusée en nos mains.

c'était une semaine d'oraux blancs, on avait toutes arrêté de réviser pour descendre dehors, ce mercredi là. Au debut je n'vis pas voulant, mais votre bonne humeur m'avait convaincue.

Il faisait froid, on n'avait pas de gants, ni de bonnets. On s'émerveillait toute comme des mômes devant le parc recouvert d'un grand manteau blanc.

On couru, on avait les yeux brillants, les joues rouges.

L'unes d'entre nous, je ne sais plus bien laquelles, à lancer une boule de neige, pour rire. Puis la bataille de mousse glacée à comencer, dans l'euphorie grandissante.

On riait, on se bousculait, on criait, on était bien.
On a finit par se jeter les unes sur les autres, à tour de rôle, goûtant dans un frisson à la neige poudreuse.

On s'est allongé, trempées, heureuses, épuisées.
On souriait, on avait froid, mais on s'en fichait.

On était ensemble, complices, joueuses, délurées.

Puis, on est remontée, dans la chambre de Florence. On avait acheté du pain et du nutella, mais la pâte était glacée, alors on l'a mise sur le radiateur, et on a attendu, se réchauffant de même.
Il y avait de la musique, on parlait mais peu, devenues calmes et pensives soudain.
Recroquevillées sur le lit ou le bureau, on écoutait le bruit léger de la neige qui s'était remise à tomber.

On était ensemble, on était bien.

Des moments comme ça, c'était notre vie, nos mille merveilles dans ce petit monde à nous.
L'internat, la communauté joyeuse, ma fratrie adorée.

Mes amies, mes frangines, de la porte à coté.

Vous me manquez.






jeudi 25 janvier 2007

l'anamorphose envers

Une nuit tout entière à séduire le vers
Et dehors la neige a le sol recouvert

Bercée par chaque mot je les répends ici
En fragiles phrasés ce soir je vous dépose
Des brins de vies fânés en voile de poésie
La musique va et vient dans le ton de la prose

Libère-la à ton tour trépasse dans la danse
prends la plume au clavier et laisse toi griser
Aux petites heures de l'aube ivresse d'une transe
épuisé par le verbe tu iras sommeiller.

Oubliant peu à peu les doux crépuscules
Que l'écriture en toi faisait réaparaître
Reprends ta longue route, parole qui déambule
Et achève sans mal cette si vague lettre.

Trop plein d'euphorie tu rejetes à l'écran
Les douleurs les secousses, qui te mordent en dedans
Réapprends le silence, retrouve la quiétude
Loin des mots loin de là quitte la multitude.

Oublie meme ton amour puisqu'il est impossible
Ferme les yeux les maux devine toute peur
Oublie chaque peine, redeviens invisible
quitte enfin ce monde amputé des couleurs.


Des voyages nocturnes partagés en tremblant
hantent tous tes rêves mais au fond tu n'y crois
la fin approchera, tu le sais tu l'attends
d' aucun songe alors il ne sera le roi.



vendredi 19 janvier 2007

you are my reflection

Je ne sais.
qui je suis où je vais.

ce que vaut ce que je fais.

Pour moi c'est vital.
Un souffle, l'eau qui me donne vie, la musique qui me berce.
Ecrire, sans cesse.

Mais, toi, qu'en penses tu?
Que t'inspirent ces mots écrits à la craie sur le grand tableau noir de mes mélancolies?
Pourquoi venez vous ici, me lire?
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mercredi 17 janvier 2007

Vingt ans [mar adentro II ]


Je suis folle. Ils vous le diront. Des cailloux durs dans leurs bouches amères.

ma robe et blanche et mes yeux ouverts.


Je suis folle.
J'ai vingt ans et je suis folle à lier.


Vingt ans, et j'ai connu l'amour.
La nostalgie dans ces mots, peux-tu la sentir? La tristesse palpable de cette petite phrase, le ton emprunt de tendresse, de douceur et de regret, ce soupir copié sur les replis des voix de nos grands mères. Cette impression de vieillesse, d'achèvement.


J'ai vingt ans, et mon coeur est couvert de rides.

Petite chose sèche qui ne bat plus vraiment.


J'ai connu l'amour, vous savez. La phrase qui oscille entre les larmes et le rire, le petit soupir discret qui en ponctue le sens, les yeux mis-clos qui s'échappent dans leur souvenir.


Ca veut dire tellement à la fois.


J'ai connu l'amour, c'est j'ai touché au bonheur mais c'est aussi il n'est plus là. C'est peut-être même il ne viendra plus.
C'est encore j'ai saisi ce que la vie avait à m'offrir je n'attends plus rien d'elle maintenant, je la laisse couler, je plonge dans le passé...


C'est ça me suffit, et pourtant...


Et pourtant cela me manque. Il y a comme un trou béant là dans ma poitrine, un obus a tout fait sauter quand l'amour est mort, alors, que voulez-vous...


J'ai connu l'amour et je l'ai laissé filer.


S'effiler.


La vie dans mon ventre.
Un marteau dans mon coeur.
A jamais ma poitrine comme une enclume.
Cogne
cogne
cogne.


Bientôt je ne sentirai plus rien.
La vie dans mon ventre,
un marteau dans mon coeur.


A jamais mon souffle brisé sur les rochers dans la tempête.
L'écueil des matins solitaires.
Le temps que l'on ne rattrapera pas, quoi qu'il arrive.
Ça ne sert plus à rien désormais de se retourner.


Et pourtant.


Et pourtant sans cesse je me noie dans le passé, le supplie de me reprendre dans ses bras ô combien accueillants ! De m'offrir une nouvelle chance, de me laisser le réécrire, le barbouiller de couleurs, de mieux l'aimer c'est promi.


La douceur de l'été, si semblable à l'été précédent. Vouloir à tout prix rembobiner les jours, et recommencer.
La douceur des soirées d'été et les pulls que l'on tricote. La légère ironie de ce geste mille fois répété, une maille au-dessus une maille en-dessous, ce geste qui semble repousser l'hiver à venir.
Tricoter l'été simplement par envie, loin de toute impétueuse nécessité, emplissant de soleil les pelotes de laine.


Je suis assise dans la lumière. Chaque parcelle de mon corps avale la chaleur.
J'ai vingt ans et des rayons de soleil sur la peau. Eclat velouté qui trace mes contours pleins.


C'est au-dedans qu'il fait sombre.
Veines, poumons nénuphards, poitrine enclume, gorge nouée, intestins, pancréas, rate, estomac et toute cette charcuterie dépoétisée, quand on s'imagine naïvement que le corps renferme un inestimable trésor : notre âme.
Celle ci est déjà loin...


J'ai vingt ans, et sous les traits de lumière ma peau est tendue. Mon ventre est plein de nos vies mêlées, inextinguible souvenir de la plus belle des rencontres, rappel délicat de la caresse de ton rire, qui en cascade soulevait les draps, ô volutes de rêves...


J'ai vingt ans, et bientôt quelqu'un sur qui déverser mon trop plein d'amour.
Vingt ans.


Je me foue des années, je n'ai jamais su lire les chiffres. Ce ne sont que des heures des semaines des mois enfilés également sur la chaîne du temps.


Tout se mélange. Ma vie est un bordel, je suis sa prostituée.

Souillée de baisers volés et de nuits d'ivresse où jamais le matin ne revenait assez tard pour voir assouvis nos appétits de peau de miel de volupté rêveuse.


Je cours vert mon passé. Trébuche. Le présent à venir ne sera bientôt qu'un hier, avant même que le jour d'après cesse d'être la veille de ce qui suivra.
Je ne sais plus bien

Et lui cogne dans mon ventre.
Et lui cogne dans mon coeur.
Tout ces coups partout tout le temps, ça m'effrite peu à peu. Je m'émiette, me rapetisse. Je disparaîtrai si vite de vos regards aveugles.


Je suis la gamine qui boit la tasse.


L'eau salée dans ma bouche, l'eau salée sur le nénuphar, l'eau salée de mes larmes.

Je cours sur la plage.
Il n'y a pas de limites, pas de frontières.
De mes dents je déchire les angles. Je ne veux aucune prison.
Pas même celle de mon corps mon ange pour t'y voir grandir.


Mes mains se posent sur mon ventre. Si je pouvais te laisser sortir déjà, te voir libre toi aussi. T'éloigner de moi jusqu'à la déchirure qui m'acheverait.


Parfois le ciel aux teintes d'orage se fait lourd sur mes épaules. Quand je sanglote c'est sur la mer que ses nuages vont crever.

L'océan se courbe et se creuse, alors que la lune naissante projette sur ses flots ses reflet de miel.
Le rivage scintile de promesses.

J'ai vingt et je suis folle.
Folle à lier. À brûler, même.

Je marche. Je m'enfonce chaque fois un peu plus dans le sable. C'est le monde que je foule.
Je suis le ventre de l'humanité, la chair universelle.
La pensée lunaire chaque nuit croissant.
Je suis la fleur la pierre le lion le torrent le peuplier, je suis tout ça à la fois et bien plus encore.
Je suis la vie dans le creux de la main de la Terre Mère.
Mortelle et fragile, en lutte contre la meurtrissure du temps sur les choses.
Tu es poussière et tu redeviendras poussière.
Millions d'étoiles dans la galaxie, parmi elles mes yeux brillent.


Douce quiétude. La mer au loin s'endort. L'enfant en moi grandit. Les grains de sable minuscules roulent sous mes pieds. Ma peau un instant les recueillent, ils se collent à elle puis l'abandonne dans une valse interminable.


Musique discrète que seule le coeur entend. Symphonie de la plage, en dessous du cours du temps. Elle échappe à toutes les dimensions, seul l'infini silence sait la retenir.


Mes yeux s'emplissent de buée. Le soleil a disparu depuis bien longtemps maintenant. Le vent se lève, et fait tourner les vagues, creuse le dos de la mer.


Je tremble. J'ai froid soudain. Je crois que mes larmes retenues pourraient geler mes paupières sur mes yeux tristes, si je les laissais naître dans un moment de langueur douloureuse.
.
Je suis fatiguée. La lassitude pèse sur mes épaules, me fait ployer. Je m'affaisse lentement et tombe à genoux sur le rivage.


Je m'écroule sur le dos, et me laisse rouler vers le sein de la mer. Ma bouche tête son eau salée, et j'ai bientôt de l'eau par dessus la tête.
Je ferme les yeux, mais le sel me brûle malgré tout.


Je ne respire plus. Très vite ma tête se durcit, je vois des milliers d'étoiles exploser en moi et le nénuphar dans mes poumons se met à grandir, à grandir.


J'ai l'impression de mourir, alors dans un dernier sursaut je relève la tête et absorbe de toutes mes forces l'air qui passe au dessus de moi.

Ma bouche se remplit de ce bien précieux, et le nénuphar reprend sa taille normale pour aller se ranger dans un coin.


Je pleure sans pouvoir m'arrêter, j'ai froid, j'ai mal et mon coeur bat si fort que le marteau du dedans brise peu à peu ma poitrine enclume.

La mer est en moi, mes larmes sont l'océan qui recouvre les regards.

La mer m'a avalée.
.
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dimanche 14 janvier 2007

La vacuité perlée des dimanches d'hiver

Promis.
Promis une fois ces mots posés déposés arrachés de mon chagin je me tairai.
et le silence se fera doux.

Mais avant je dois me décharger de cette peine innefable.

La solitude vaine de ce dimanche à un goût amer.
je paresse parce qu'aujourdhui rien ne m'attire.

Hier, journée longue de morne tristesse.
la vase des vieilles douleurs qui recouvre ma joie de vivre.

La nausée.
Elle m'accuse de te blesser.
je ne supporte pas ça.

Du sel des flocons blancs une grotte saline où mon coeur est jeté.
En pature pour les cris sourds.

Quand je te blesse c'est moi que ça torture, tu sais.
Elle ne peut juger de ça.

de combien o combien je t'a...

Tu le sais toi.

alors vague à l'âme.

Les bateaux se jettent sur les blanches falaises.
les rescapés sont avalé par les flots glacés.
Horrible fin qui sanglote sur ma ligne funèbre.


Je sais plus ecrire maintenant.

Je ne sais plus, lecteur.
J'ai épuiser trop d'encre pour épancher mes rêves partis, mes chagrins et mes errances.

Tout m'échappe, moi y compris.
Je ne peux lutter contre les pleurs envahissants...
Je me noie dans ce lac que d'autre appeleraient tes yeux.

Je tremble.
Ce soir tout se meurt en moi.
Pas de cérémonie pour faire le deuil,
rien que du silence, du plat silence.

Je ne sais plus écrire,
et ca me fait peur.

J'ai honte de ces larmes obscures que je ne sais vous cacher, lecteur.

Je deviens misérable, qui osera m'achever?

Lui aussi me blesse,
ce sont des pierres tranchantes que ces repproches me lancent,
et il me fait douter.

Un dimanche qui s'achève un dimanche déchirant.

La pluie ruisselle mais ne lave pas ma peine.
La pluie coule sur les vitres coule sur mes hanches.
L'eau pénètre mes poumons c'est un ruisseau c'est un fleuve, un océan.
je suffoque de toi, j'ai besoin de toi.

Sur le quai du départ je le vois s'éloigner.
La scène répètée cent fois dans ma mémoire.
Il a compris qu'il lui fallait partir,
et moi regardez comme j'en tremble encore.

Pourquoi tout ressurgit ce soir?
Que me veulent-ils?

Le rasoir dans ma gorge qui ne veut pas passer,
le sang qui s'étale, la démence qui m'emporte dans ses bras de velours...

Prends ma main!
Prends ma main je t'en supplie,
Accompagne moi là où tout recommence,
à l'aurore du petit monde des tes bras de ta tendresse.

Il fait sombre ici.
Il fait sombre et j'ai froid.

Prends ma main contre toi réchauffe moi.

Pardon.

pardon d'écrire si mal ce soir!
de ne pas savoir te dire combien je tiens à toi,
et combien j'ai honte de ne pas trouver les mots.

Peur que tu ne l'acceptes pas, malgré ta foi en moi, malgré ton sourire.

Pardon mon ange.

Finalement je me suis peut etre trompée.
Finalement c'est impossible.


Dimanche.
En méandres de chagrin je suis enchevêtrée.
Dans les draps je cache mon visage défait
et je tords mes poignets.

Je suis floue,
onirisme vide et marée basse.

Plus personne ne me voit.

Tu ne me vois pas.


Tu es si loin mon amour.
Si loin que j'en frissonne.



c'est impossible, vraiment?




samedi 13 janvier 2007

Soliloque d'une huitre ivre de chagrin



Je flotte.
Blop blop, des bulles.


Ce soir je ne peux m'empêcher d'être mal.
Bourrée au condensé de chouinage.
Du vrai, mais sans les larmes de croco,
parce qu'on n'est pas dans une série B, tout de même.


C'est fichtrement triste un samedi toute seule, surtout quand il fait nuit à cinq heures.
Puis aussi ma vie se casse la figure grave:

-il me manquait deux euros à la caisse du Super U, par conséquent j'ai dû largué ma bouteille du jus d'orange.
-ma boite à mails est désepérement anorexique.
-ma balance (quelle prétentieuse!) ne cesse de faire grimper les chiffres.

et au final la cerise qui fait déborder le vase:
ma soirée viens d'être annulée.


Alors je roule des pelles à mon ordi.
c'est vachement sensuel.

Puis je mange du saumon,
sur du pain au pavot.
Avec du citron.

Aucun rapport:
(parce dans dans la vie rien n'est jamais au bon endroit)
Joyeux noël, citadins!

Je suis une huitre qui chiale sa mer.
parce qu'elle va se faire bouffée.

(beurk! pourquoi une huitre?
c'est dégueulasse une huitre!)




vendredi 12 janvier 2007

Mar adentro

L'océan.
Pas un murmure.

Galets froissés que l'on entasse dans les drapés lisses des vestes d'été.

Femmes assoupies sous l'écume, des courbes gracieuses au milieu des flots bleu sombre, une hanche ronde que l'on devine, et qui s'y dissimule.

C'est la chanson de la mer qui se retire, et me laisse nue sur une plage de silence.
Vide de sens.
Etendue de l'eau au lointain.
On danse sous les alysées.
Les coquillages brillent en constellation sur les pans de sable que la marée révele en quittant le rivage.

Les vagues ondulent et fredonnent sous les caresses de la brise.
Laisse-moi te raconter l'absence, et le sel sur ma paume.

Dans mon ventre il y a la vie
dans mon coeur un marteau.
Qui cogne
cogne
cogne contre ma poitrine,
et fêle mes poumons de porcelaine.

J'ai le souffle coupé de t'avoir trop aimé.
Aiguisé effilé amenuisé
Et si tôt disparu.
Plus un brin d'air entre mes lèvres pour célébrer la vie.

Bientôt, bientôt j'aurais oublié
la façon que l'on a de respirer.
J'aurai oublié l'oxygène qui emplit ma bouche ma gorge mes fleurs de poumons j'aurai moi aussi des nénuphars à l'intérieur et plus rien ne pourra passer le seuil de mes lèvres sèches plus aucun souffle plus auncun baiser.
J'aurai oublié de vivre.

J'erre entre les chateaux de sable humide et les palaces détruits des rêves de l'enfance. Je me sens soudain fatiguée.
Je marche pieds nus et je brise un peu d'innocence à chaque pas sur les murailles dressées à coup de pelle en plastique. Les ponts, les tours, les remparts, tout cela est si fragile.

Je lève les yeux. Le soleil va disparaître, si vite. Mon ventre se serre. Comment être sûr qu'il reviendra? Je n'ose jamais y croire vraiment.

Je me suspends à la ligne d'horizon, me hisse sur son fin tracé. Comme une acrobate je m'agrippe au fil de l'eau, et marche, cours, danse sur le trait qui sépare la mer du ciel.
Et m'écroule dans le sable mouillé avant même de m'apecevoir que ce n'est qu'un rêve. L'illusion des sens? Je m'y plonge délicieusement.

Je ferais mille fois le tour de la terre en glissant le long du fil ténu de l'horizon, entre les cieux bleutés et la mer profonde, sans jamais choisir l'un ou l'autre, sans plonger ni voler, sans appartenir à rien...

Je glisse et ricoche, je suis la funambule qui s'élance sur la la ligne du bout de la terre, du fond extrême du regard.

Je déambule sur les chemins de l'horizon, ce que les yeux ouverts ne peuvent distinguer qu'avec peine, ma bouche cueille les nuages et la plante de mes pieds foule la surface cristaline de l'eau salée.

Entre ciel et terre, j'avance.

Entre ciel et terre.

Et au crépuscule du monde l'océan se déploit.

Trouble

C'est comme si elle ne s'arrêtait jamais cette musique.
Dans ma nuit des prairies dans ton regard.
J'y pense tout le temps.
Et l'autre n'existe même plus.

Je fous des coups de casserole sur les fantômes du passé.
Tout ça n'est qu'un vaste jeu.
Tu le sais aussi bien que moi.

Quelles en sont règles?
Tu le fais disparaître, mon amour meurtri.
C'est à toi que je songe désormais.
Le devine-tu?


Trouble.

Est ce que je bouleverse ton monde, tes certitudes?
Es tu convaincu de ce que tu avances?
Est ce que tu oserais tout lâcher une nouvelle fois, pour moi?

Relis mes mots, leur supplique cachée.
Suis moi.

On serait fous, on serait rois.
Sur un navire chaloupé de merveilles pour silloner la Terre.

Rien à faire.
Je ne veux pas m'accrocher.
Je ne peux pas.

Je te l'ai dit.
Il y a cette peur toujours.

Est ce toi, vraiment?
Je suis bien quand tu es là.

Je pourrais te regarder des siècles durant.
Une éternité sans cligner des paupières.

Prends ma main si tu doutes,
si tu veux que je le sache.
Prends ma main si tu hésites,
cela ne t'engage à rien.
Je veux que tu sois sûr.
Prends ma main, rien qu'un infime instant et je saurais.


Trouble.

Tu es la vague qui me renverse.
Le rire qui me dépasse.
Le vent qui me secoue.

Je n'ai rien choisi.

C'est toi.

C'est toi et ça suffit.


Je voudrais que tu sois là.

Je t'attends.

.


jeudi 11 janvier 2007

Carambole d'âge [reprise]

Je veux pas vieillir.

Je menace le temps,
lui mets le couteau sur la gorge.
Je détourne les règles en brisant les sabliers,
les tic tac se taisent et les minutes se figent.

Je défroque la raison,
pour mieux rire de tout,
accumule les frasques en frayant avec les souvenirs volages.

Je renverse le temps.
le passé soudain est mon présent,
cadeau sans emballage,
je le conserve précieusement.

Je débauche ma montre en chamboulant les aiguilles,
de mes lèvres je happe les tours de l'heure les tours de garde.

Je suis la criminelle de l'esprit qui fugue en pensées,
je suis la supecte flouée qui fait le mur pour te retrouver.

Dans ce monde en suspens,
plus aucune loi, toutes au rebut.

Sur ma banderole la passion,
je défile au pas de valse,
sur les pavés du combat,
qui défigurent ma plage.



Cent fois une révolution,
c'est le quart d'heure des ahuris,
le temps soudain se paralyse.

je chante mon coeur en sérénade,
que le tempo rebelle et la mèche cachée.

"Je t'aime encore", je crie.
Slogan ultime martelé sur le parvis
des églises aux cloches muettes.

Mais tes oreilles mon ange,
sont des pavillons clos.

Je veux rester l'enfant,
je veux restée ta môme,
savourant des baisers de contrebande,
planquée avec toi sous les draps.

Je veux tes cheveux sous mes doigts,
comme des rubans soyeux,
comme des chemins au loin,
roulés sur mon oreiller.

Amour, amour.

Je veux toi.




Ecume


Lentement.

Dans les manches, dans les ourlets trop bien fait de mes manches sales, des grains de sables. Le monde en miniature, la plage qui, clandestine, s'embarque dans ma valise. Dans chaque minuscle caillou l'océan à venir, et nos vagues déferlantes et le vent qui claque.


Le phare éteint.
Les navires qu'on fracasse.


Tout remballer, cacheter, entasser sans maudire. Plus le temps de ressortir, d'humer l'air salé, d'emplir indéfiniment mes poumons de bouteilles vides. Squelettes de messages échouées sur des plages de silence. Une suplique dans un corps de verre. Le dernier signe, des millier d'étoiles de cristal sur les rochers parsemées.

Pas un murmure.


Le sable qui demeure dans les ourlet de mes manches reste mon seul au revoir.


Une caresse. Papières closes, devant la vitre.
Un instant, une vie.


Juste l'obscurité orangée, soudain assombrie par un nuage que je devine.


Une caresse, un frôlement.

L'appel de la peau à des mondes de tendresse. Souvenir déposé sur la joue lisse et perlée d'une larme fuyante.


Une mèche de cheveu. Lentement la sentir balayer mon visage. Se dérouler par dessus l'oeil fermé, par dessus le sillon humide à peine tracé, par dessus l'existence qu'on ne reconnaît plus. Quitter le chignon trop bien fait, les apparences polies par l'habitude.


Quitter la chambre où nul sommeil ne viendra plus poindre à l'aube, où seront à jamais mûrés les rêves.


Une bougie, la cire qui fond, comme glissent au loin les souvenirs vivants, comme la chair porte en elle l'oubli et l'illusion. Une bougie sur une tablette, un livre ouvert, des poèmes dont personne ne peut entendre les cris déguisés sous les mots que le crayon de bois à légrement souligné.


Près du livre, un verre vide. Pas même un reste d'eau pour celui qui pourrait survivre, pas une goutte d'espoir pour l'assoiffé, rien, rien que la sécheresse avide entre les parois miroitantes. Sur leurs rebords courbés l'esquisse rosée d'une bouche, et la poussière scintillante du temps qui déjà reprend sa place.


Aux murs les traces languissantes de tant de soupirs. Te rappelles tu les amours le miel poudré des étoiles filantes à décrocher ensemble tes baisers la canelle sur mes lèvres le volcan dans nos ventres et la musique et la musique infinie de ton souffle mêlé au mien?


Aux murs gris ne restent plus que la banalité des jours à venir, des jours absents.


T'imagines tu toutes ces heures acculées, toutes ces secondes concassées émiettées de morne ennui?

Du sable goudronné qui s'écoule sans rebond, qui s'écoule à l'infini en ruban d'autoroute, des retours de vancances, des kilomètres de tristesse sans paysages aux fenêtres pour s'échapper en songe.


Un fissure près du plafond. L'ampoule nue et décharnée qui suspend son petit corps au bout d'un fil noueux.

Le chambranle de la porte. Cette porte que bientôt l'on fermera à jamais sur nos souvenirs encore vivants.

Serrure. Tour de clé sur un passé sucré salé. Sur l'harmonie du temp d'hier, sur les brins d'herbe sous nos têtes rêveuses, sur la courbe de ton dos, sur la douceur de ta bouche comme sur les lendemains qu'on y avaient inscrit de nos baisers.


Plus rien ici.

Plus rien que l'absence criante de lumière. Crépuscule et ténébre.



Non, plus rien ici.


Bien loin de nos orchestres, de nos ballets lunaires, et des petits matins assoupis au creux du jour à naître.


Je n'y pense pas. Je ne peux les rappeller à ma mémoire usée de chagrin, ces nuits symphoniques sous les volutes des draps soulevés.


Je pense à la mer. Avec précaution je retiens le sable dans les manches relevées, et je laisse les flots bleux violets sombres joyeux lourds les tornades océanes me rendre flou du bonheur englouti.
Je ne veux penser à rien qu'aux vagues qui me soulèvent, vagues de desépoir peut-être, mais ça je ne le sais pas encore.


Je suis le goéland, l'algue et l'horizon à la fois.


Je suis l'îlot enseveli, l'esquif à la dérive et la roche saillante. Chairs tranchées.


Dans ma valise, les vêtements. Des loques impeccablement pliées, des blessures cachées. Pas un mouchoir ne sera froissé.


Pas un mot, pas une plainte.

Mon costume de fille sage revêtu sans un pli, ma douleur encaissée sans un mot, le sourire contri endossé, et les corridors de l'oubli.


Ma mémoire au rouleau compresseur, quant-à mon coeur, pauvre petite chose sanglante, ça fait bien longtemps qu'il a saissé de battre.


Les forêts de nos amours bientôt abattues. Un à un tomberont les grands arbres.

Désespérante clairière dont je sentirait la tache pâle augmenter sans cesse. Mon ventre est cette longue plaine déboisée, cette étendue vide et séche.


Face à la mer. L'humilité me fait courber la tête.



Je ne peux oublier. Tout est là, dans les grains se sable que j'emporte en secret.



Je peindrai la plage sur le bitume des villes, et l'océan à nouveau viendra lécher mes pieds nus et rafraichir mon coeur douloureux.



Des grains de sable.

Des millions de grains de sable.


Et toi, disparu au milieu.


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mardi 9 janvier 2007

Léa

Léa elle se cachait les yeux pour pas voir la réalité qu'elle aimait pas trop . Ce monde gris et moche peuplé de cambrioleurs et de prof de math aux jupes remontées.


Léa, elle disait pas grand chose. Ou alors elle parlait si vite qu'on ne comprenait rien. Elle n'avait pas forcément envie d'être comprise. Elle savait bien que ça sert à rien, que c'est des faux semblant tout ça.


Elle jouait, Léa. Elle jouait à être une autre, des milliers d'autres. C'est son corps alors qui prenait la parole.


Une danse, un pas vers l'horizon. D'un mouvement cueillir l'espace, s'offrir au regard. Tendre vers le firmament puis renaître sur les planches.


Léa sur le fil de la vie, Léa funambule, qui trébuche et se bouffe un coin du ciel.


Léa silencieuse entre en scène et nous raconte une part du monde.



Léa invente, léa tourne, valse, vacille. Un murmure, une hanche qui se découvre, toute une histoire.


Goûter l'ailleurs en déguisant l'ici, un chant qui s'élève, supplique pour rideau tiré, monologue à la Lune.


Léa joue, et c'est un peu de chacun qu'elle porte en elle.
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La dernière danse

Je suis postée en enbuscade sur la piste de danse.


S'il passe à nouveau je le fusille d'un regard.
J'ai l'éclat noir de l'espoir d'un désir irisée dans ma pupille.


Soudain il surgit : je l'enserre et contre mon coeur l'étouffe.
Mon cavalier sauvage, mon prince enlacé.
Entre nous des frontières, la guerre des mondes et les canons.


Mais la fusion des chairs tièdes apaisent les tensions.

Serré contre moi mon assassin dans la passion se meurt.


Les notes des cuivres résonnent comme des coups de feu.

Nos mouvements sont précis, la brume nous enlace.


Un baiser, un baiser encore, alors que cette nuit si vite il faudra lever le camps.

Dans mon coeur il tire, à trois reprise je crois.

Je ne résiste plus, peu à peu je m'abandonne.


Un combat. Ultime corps à corps avant que dans la folie douce l'on ne succombe.

La danse à l'horizon du réel nous entraîne.

Je retrouve un peu de force pour faire ployé son visage. Ses lèvres m'appartiennent, son ventre n'est que secousses.

Mes baisers explorent, nul territoire n'est plus ennemi.


Il faiblit, je gagne du terrain.

Son souffle s'amenuise et je l'entends gémir.

La victoire est proche, et le violon en cascade se joue de nous.


Un poignard dans son coeur tendre et il m'appartiendra.


C'est dans mes bras qu'il vacille et s'abandonne, pour la dernière danse.


Langoureuse idylle post mortem.
La chaleur qui quitte peu à peu ses membres.


Je dépose mes armes pour un dernier hommage.

Ma bouche sur la sienne et l'union est scellée.

A jamais la paix dans nos corps mêlés.
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Roule, roule


Dégommer les pigeons, dévaler l'existence...

Roule ma vie dans les petits chemins de la belle ignorance, roule ma bosse par dessus les coteaux vallonnés des collines de mes dix ans.


Naïveté gourmande, les genoux plein de croûtes sont les cartes de l'univers.

Cette coupure, sur le bas de jambe, c'est un fleuve à traverser, ce bleu sombre le lac effrayant où sous la vase dorment les monstres aux écailles dorés.


Mon enfance.

La source délicieuse de mes imagination, l'arbre duquel je ne redescendrais pas.


Le livre, ami de toutes mes errances, et les mots que j'avale restent mes plus fidèles compagnons.


Bicyclette rouillée, yeux qui brillent, tout reste à découvrir.


dégommer les haies qui se dressent, dévaler l'existence...
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Terre Noyée

Gadou.
mot enfantin, sucre sombre qui colle.



Les pieds dans la boue, j'avance.
J'aime les bottes en coutchouc, celles qui monte jusqu'aux genoux.


La boue, à la morte saison.
L'hiver peind le ciel en blanc pâle.
Les fleuves épousent le sol brun et souple.

J'aime la terre qui frémit sous mes pas.

Mon chagrin s'endort dans la danse bottée.
L'humus que je soulève à mon passage est la nuée de l'enfance des forêts.


Des routes en sous bois, secrètes.


Terre mère, à toi je retournerai.

Poussière de vie.
Un éclat dans la lumière doré du matin naissant.

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Spectateur


Spectateur.

Du théatre il est la continuité illimitée.

La résultance acceptée.

Ce qui découle de la scène.

Pas de limite entre les planches élévée et le regard qui est l'accueil, ou, si ténue, cette limite.

Un fossé à combler de paroles d'émotions de corps.
Le réceptacle intérieur, la parabole.

L'oreille et le coeur.

Le public qui saisit, qui se délecte, qui refuse et qui prend. Une main tendue au creux de la scène. Le flanc du monde en contre-bas du jeu. Les rideaux ouverts sur une immensité de regard.

Spectateur.

L'art vécu en écho.
Le don caché, l'humilité grandiose.

Le théatre commence par le spectateur.

Ses yeux sont le reflet translucide des conflits qui se déjouent devant eux. Des miracles enchevetrés.

Une alchimie secrète.

L'oeuvre au noir, sans doute. C'est de l'or qui s'échappe de nos doigts pour aller frôler les leurs.

Le septième ciel avant la lettre, le paradis en fauteuil rouge. Le public visite le monde sourit, applaudit, désapprouvre.

Il est l'enfant, il est l'essence, la sève du théatre.

Le spectacteur devient spectre acteur. Sustance translucide à la clarté nécessaire. L'honnêté de ne pas toujours comprendre, de ne pas aimer, de pas se laisser gober par le théâtre.

La partie immobile, mouvante seulement dans son intériorité originelle.

Le coeur, l'organe à la chamade qui de ses battements rythme le jeu.

Le spectateur est la présence, la marque universelle, le rapelle d'une humanité en nous. Des bras qui font vivre les fauteuils morts, la vivacité de l'artefact, la part de réelle. Il donne au jeu son sens, sa direction pourtant, le soufle qui s'amenuise.
Il contemple le théâtre en étant son miroir. ses yeux sont la Lune des nuits de doute, l'iréel éclat où piocher l'iris de l'inspiration et de la force.

Spectateur sans trève. Dévoreur d'illusion, charmeur de palabres.

Il est le destinataire, celui qui cueillera les mots, qui les goûtera du bout des lèvres, le novice qui s'égaiera d'un quiproquo, l'esthète qui vibrera de la langueur d'un baiser, le connaisseur qui murmure en lui le monologue du héro, le poète qui pleura devant la beauté du vers mis en bouche.


Spectateur.
Il est la source et l'océan.

Tout naît de lui, tout y revient.