Affichage des articles dont le libellé est L'écumoir. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est L'écumoir. Afficher tous les articles

mercredi 7 mars 2007

Vague à lame

Apaisée, je vogue sur mon radeau.

Je virevolte au creux des lames, la vie est un océan qui me porte. Parfois le fond m'attire, et je sombre, à bout de souffle.

J'ai fait naufrage. Erreur de navigation, j'avais mal au coeur, ma barque tanguait trop fort, mes mousses avaient désertés, seule, je ne pouvais tenir la barre.

Le rocher a déchiré la coque. Mon bateau s'est fendu en deux. Il a pris l'eau, le tourbillon m'a entrainée vers ses profondeurs obscures. Ma barque fracassée, la catastrophe provoquée par ma mauvaise navigation, mon errance.

Avant, je regardais just les flots, rêveuse, je me laissais porter... J'avais à peine vue que je dérivais, personne pour signaler ma position, pour me remettre dans la bonne voie, pas de boussole, pas de carte de route.
Je voguais, l'âme légère, volant d'ici en là, aveuglée par sa lumière douce, oubliant tout le reste.

J'ai eu tord. Je me suis cognée dans ce rocher, l'ai reçu de plein fouet. Mon corps a saigné, déchiré, ma coquille s'est craquée, je me suis retrouvée nue, seule, meutrie.

Chavirée au beau milieu de l'océan, bouffant ma solitude dans l'immensité océane, belle à en chialer.

Même abandonnée et blessée, cette beauté folle me touchait encore, même à la renverse j'vais encore l'envie d'y croire, d'écrire, de me voir rescaper.

J'ai pris du temps. J'ai ramassé des miettes oubliées, des bouts de bois, des forêts oniriques, tout un monde, et avec cela, presque rien, j'ai construit mon radeau.

Dessus je me suis hissée, et je me suis laisser porter par les flots scintillants, mordorés dans le soleil.

Désormais, je n'ai plus peur, la mer m'entraine, me berce..

Tout ira bien.


lundi 12 février 2007

Madame Mamie

On en se comprenait pas bien nous deux.
On s'aimait de travers.
Je sais pas si c'est mieux maintenant.
Mais on a grandi.

Entre nous il y avait un fossé.
Parfois on jetait des planches en travers.
Tu m'emmenais au théâtre.
Moi quelques fois je m'endormais sur tes genoux.

J'étais sûre pendant longtemps que tu m'en voulais.
Que j'étais pas à la hauteur.
Tu me voulais forte, j'étais en carton, en papier mâché.
Tu me voulais organisée, je semais la pagaille en couleur.
Tu me voulais disciplinée, je me dérobais à toutes les règles.

J'étais toujours la mauvaise.
Celle qui était pas sage.
Celle qui chantait à table, qui renversait son verre par mégarde, qui ne voulait pas se taire.
Toi tes colères tu les passais sur moi.
Les bêtises c'était toujours de ma faute.

Même quand on les faisait à quatre, j'étais souvent la seule à être grondée.
Ca me rendais malheureuse de pas te satisfaire.

Mais j'étais trop petite, trop débordante d'enfance encore pour avoir me plier à tes désirs.
Je suis jamais rentrée dans un moule. Je savais pas faire.
J'ai toujours pris les petits chemins cabossés, les voies parrallèles, les sous-bois.

Tu m'en voulais de cette semi-rébellion affichée, de ce caractère et de cette énergie. De cette provocation amusée, de cette insouciance de gamine, de gamine ignorant tout du monde et de ses douleurs.
Tu ne me comprenais pas.

Toi forte et rigide.
Moi fragile et démesurée.

Forcément pas pareilles.
Forcément on se cognait l'un contre l'autre.

Un peu trop souvent.

Tu aimais Piaf, tu l'aimes encore,
et moi en écoutant l'hymne à l'amour ce soir je pleure.
Je te comprends mieux que jamais.

J'ai changé.
J'ai bouffé des années, mine de rien, et des coups de poing en même temps, et j'ai changé.
Je suis devenue plus calme.
J'ai dompté le silence, appris a vivre avec.
A écouter, à me faire plus petite.

Toi tu as vieillis, peu à peu.
Au début j'ai refuser de le voir.
T'avais pas le droit de flancher.
T'étais Mamie Cent Kilomètres, Mamie pas toujours rigolote mais tellement pleine d'entrain, qui nous emmenait partout, qui était toujours méga occupée, partie on-ne-sait-où, énergique.
T'avait pas le droit de fatiguer,
parce que moi je te reconnaissai plus.

Mais comme j'avais grandi,
y'avait aussi des trucs qu'étaient rentrés dans ma tête.
Donc j'ai compris.
J'ai accepté.

Je t'admire Mamie.
Je n'ai jamais su te le dire.
C'est qu'on n'a jamais vraiment parler nous deux.
Têtues et fières l'une comme l'autre.
Puis parler, c'est pas trop ton truc à toi.

On vit séparément presque.
Dans deux sphères si différentes...
Puis j'ai ce défaut, imprimé dans mes gênes.
Cette faille que tu m'as toujours repproché : je suis une fille.
.
Mamie j'ai eu peur. Te retrouver cassée, vieillie.
Mamie j'ai été lâche.
Je n'ai pas été te voir, à l'hôpital.
Je ne me sentais pas la force de briser irrémédiablemnt le mythe, de tuer l'image de conquérante, et rocher, que j'avais de toi.
.
Tu vas mieux.
Tu vas mieux, et moi l'air de rien j'ose revenir.
Je te fais rire, assise par terre.
Je cherche ton regard qui se perds au dessus de ma tête.
Pourtant tu me vois et tu ris.
Tu as l'air heureuse.
Fatiguée, vieillie mais heureuse.
Et moi je suis apaisée.
Je t'aime bien comme ça.
.
On t'a pas brisé toi, mamie.
Cet accident à juste cassé ce foutu mur qui t'entourait.
Une protection, peut-être.
Une muraille qui te rendait sévère, dure, inaccessible.
Tu l'as construite pour te sauver.
C'est un acte courageux.
Mais il était temps, plus que temps de l'envoyer en l'air.
.
C'était à nouveau Berlin la chute de ce foutu mur.
C'était Berlin et l'euphorie et la confiance.
.
Avant quand on riait tu te mettais en colère en nous repprochant de nous moquer de toi.
Maintenant tu ris avec nous.
.
Tu parles d'escapade, tu y crois, prévois ta fugue.
T'as d'la malice au fond des yeux, ton corps a pris dix ans mais toi tu retrouves de la jeunesse.
Je crois que je t'aime vraiment bien comme ça, Mamie.
Même si je suis pas beaucoup à tes côtés, c'est vrai.
C'est facile pour moi d'être soulagée, de ne voir que ce qui va bien.
mais je devine le reste dans leurs regards fatigués, dans leurs soupirs encore inquiets et dans le ton de leur voix.
Je sais bien l'envers du décors, par où tous êtes passés.
.
Mais je veux y croire.
Je veux t'entendre encore rire, t'aider pour de faux à préparer ta fugue si ça te fait tenir, construire des projets pour après, "faire l'animation" comme tu dis.
.
Je reviendrai.

mercredi 17 janvier 2007

Vingt ans [mar adentro II ]


Je suis folle. Ils vous le diront. Des cailloux durs dans leurs bouches amères.

ma robe et blanche et mes yeux ouverts.


Je suis folle.
J'ai vingt ans et je suis folle à lier.


Vingt ans, et j'ai connu l'amour.
La nostalgie dans ces mots, peux-tu la sentir? La tristesse palpable de cette petite phrase, le ton emprunt de tendresse, de douceur et de regret, ce soupir copié sur les replis des voix de nos grands mères. Cette impression de vieillesse, d'achèvement.


J'ai vingt ans, et mon coeur est couvert de rides.

Petite chose sèche qui ne bat plus vraiment.


J'ai connu l'amour, vous savez. La phrase qui oscille entre les larmes et le rire, le petit soupir discret qui en ponctue le sens, les yeux mis-clos qui s'échappent dans leur souvenir.


Ca veut dire tellement à la fois.


J'ai connu l'amour, c'est j'ai touché au bonheur mais c'est aussi il n'est plus là. C'est peut-être même il ne viendra plus.
C'est encore j'ai saisi ce que la vie avait à m'offrir je n'attends plus rien d'elle maintenant, je la laisse couler, je plonge dans le passé...


C'est ça me suffit, et pourtant...


Et pourtant cela me manque. Il y a comme un trou béant là dans ma poitrine, un obus a tout fait sauter quand l'amour est mort, alors, que voulez-vous...


J'ai connu l'amour et je l'ai laissé filer.


S'effiler.


La vie dans mon ventre.
Un marteau dans mon coeur.
A jamais ma poitrine comme une enclume.
Cogne
cogne
cogne.


Bientôt je ne sentirai plus rien.
La vie dans mon ventre,
un marteau dans mon coeur.


A jamais mon souffle brisé sur les rochers dans la tempête.
L'écueil des matins solitaires.
Le temps que l'on ne rattrapera pas, quoi qu'il arrive.
Ça ne sert plus à rien désormais de se retourner.


Et pourtant.


Et pourtant sans cesse je me noie dans le passé, le supplie de me reprendre dans ses bras ô combien accueillants ! De m'offrir une nouvelle chance, de me laisser le réécrire, le barbouiller de couleurs, de mieux l'aimer c'est promi.


La douceur de l'été, si semblable à l'été précédent. Vouloir à tout prix rembobiner les jours, et recommencer.
La douceur des soirées d'été et les pulls que l'on tricote. La légère ironie de ce geste mille fois répété, une maille au-dessus une maille en-dessous, ce geste qui semble repousser l'hiver à venir.
Tricoter l'été simplement par envie, loin de toute impétueuse nécessité, emplissant de soleil les pelotes de laine.


Je suis assise dans la lumière. Chaque parcelle de mon corps avale la chaleur.
J'ai vingt ans et des rayons de soleil sur la peau. Eclat velouté qui trace mes contours pleins.


C'est au-dedans qu'il fait sombre.
Veines, poumons nénuphards, poitrine enclume, gorge nouée, intestins, pancréas, rate, estomac et toute cette charcuterie dépoétisée, quand on s'imagine naïvement que le corps renferme un inestimable trésor : notre âme.
Celle ci est déjà loin...


J'ai vingt ans, et sous les traits de lumière ma peau est tendue. Mon ventre est plein de nos vies mêlées, inextinguible souvenir de la plus belle des rencontres, rappel délicat de la caresse de ton rire, qui en cascade soulevait les draps, ô volutes de rêves...


J'ai vingt ans, et bientôt quelqu'un sur qui déverser mon trop plein d'amour.
Vingt ans.


Je me foue des années, je n'ai jamais su lire les chiffres. Ce ne sont que des heures des semaines des mois enfilés également sur la chaîne du temps.


Tout se mélange. Ma vie est un bordel, je suis sa prostituée.

Souillée de baisers volés et de nuits d'ivresse où jamais le matin ne revenait assez tard pour voir assouvis nos appétits de peau de miel de volupté rêveuse.


Je cours vert mon passé. Trébuche. Le présent à venir ne sera bientôt qu'un hier, avant même que le jour d'après cesse d'être la veille de ce qui suivra.
Je ne sais plus bien

Et lui cogne dans mon ventre.
Et lui cogne dans mon coeur.
Tout ces coups partout tout le temps, ça m'effrite peu à peu. Je m'émiette, me rapetisse. Je disparaîtrai si vite de vos regards aveugles.


Je suis la gamine qui boit la tasse.


L'eau salée dans ma bouche, l'eau salée sur le nénuphar, l'eau salée de mes larmes.

Je cours sur la plage.
Il n'y a pas de limites, pas de frontières.
De mes dents je déchire les angles. Je ne veux aucune prison.
Pas même celle de mon corps mon ange pour t'y voir grandir.


Mes mains se posent sur mon ventre. Si je pouvais te laisser sortir déjà, te voir libre toi aussi. T'éloigner de moi jusqu'à la déchirure qui m'acheverait.


Parfois le ciel aux teintes d'orage se fait lourd sur mes épaules. Quand je sanglote c'est sur la mer que ses nuages vont crever.

L'océan se courbe et se creuse, alors que la lune naissante projette sur ses flots ses reflet de miel.
Le rivage scintile de promesses.

J'ai vingt et je suis folle.
Folle à lier. À brûler, même.

Je marche. Je m'enfonce chaque fois un peu plus dans le sable. C'est le monde que je foule.
Je suis le ventre de l'humanité, la chair universelle.
La pensée lunaire chaque nuit croissant.
Je suis la fleur la pierre le lion le torrent le peuplier, je suis tout ça à la fois et bien plus encore.
Je suis la vie dans le creux de la main de la Terre Mère.
Mortelle et fragile, en lutte contre la meurtrissure du temps sur les choses.
Tu es poussière et tu redeviendras poussière.
Millions d'étoiles dans la galaxie, parmi elles mes yeux brillent.


Douce quiétude. La mer au loin s'endort. L'enfant en moi grandit. Les grains de sable minuscules roulent sous mes pieds. Ma peau un instant les recueillent, ils se collent à elle puis l'abandonne dans une valse interminable.


Musique discrète que seule le coeur entend. Symphonie de la plage, en dessous du cours du temps. Elle échappe à toutes les dimensions, seul l'infini silence sait la retenir.


Mes yeux s'emplissent de buée. Le soleil a disparu depuis bien longtemps maintenant. Le vent se lève, et fait tourner les vagues, creuse le dos de la mer.


Je tremble. J'ai froid soudain. Je crois que mes larmes retenues pourraient geler mes paupières sur mes yeux tristes, si je les laissais naître dans un moment de langueur douloureuse.
.
Je suis fatiguée. La lassitude pèse sur mes épaules, me fait ployer. Je m'affaisse lentement et tombe à genoux sur le rivage.


Je m'écroule sur le dos, et me laisse rouler vers le sein de la mer. Ma bouche tête son eau salée, et j'ai bientôt de l'eau par dessus la tête.
Je ferme les yeux, mais le sel me brûle malgré tout.


Je ne respire plus. Très vite ma tête se durcit, je vois des milliers d'étoiles exploser en moi et le nénuphar dans mes poumons se met à grandir, à grandir.


J'ai l'impression de mourir, alors dans un dernier sursaut je relève la tête et absorbe de toutes mes forces l'air qui passe au dessus de moi.

Ma bouche se remplit de ce bien précieux, et le nénuphar reprend sa taille normale pour aller se ranger dans un coin.


Je pleure sans pouvoir m'arrêter, j'ai froid, j'ai mal et mon coeur bat si fort que le marteau du dedans brise peu à peu ma poitrine enclume.

La mer est en moi, mes larmes sont l'océan qui recouvre les regards.

La mer m'a avalée.
.
.

vendredi 12 janvier 2007

Mar adentro

L'océan.
Pas un murmure.

Galets froissés que l'on entasse dans les drapés lisses des vestes d'été.

Femmes assoupies sous l'écume, des courbes gracieuses au milieu des flots bleu sombre, une hanche ronde que l'on devine, et qui s'y dissimule.

C'est la chanson de la mer qui se retire, et me laisse nue sur une plage de silence.
Vide de sens.
Etendue de l'eau au lointain.
On danse sous les alysées.
Les coquillages brillent en constellation sur les pans de sable que la marée révele en quittant le rivage.

Les vagues ondulent et fredonnent sous les caresses de la brise.
Laisse-moi te raconter l'absence, et le sel sur ma paume.

Dans mon ventre il y a la vie
dans mon coeur un marteau.
Qui cogne
cogne
cogne contre ma poitrine,
et fêle mes poumons de porcelaine.

J'ai le souffle coupé de t'avoir trop aimé.
Aiguisé effilé amenuisé
Et si tôt disparu.
Plus un brin d'air entre mes lèvres pour célébrer la vie.

Bientôt, bientôt j'aurais oublié
la façon que l'on a de respirer.
J'aurai oublié l'oxygène qui emplit ma bouche ma gorge mes fleurs de poumons j'aurai moi aussi des nénuphars à l'intérieur et plus rien ne pourra passer le seuil de mes lèvres sèches plus aucun souffle plus auncun baiser.
J'aurai oublié de vivre.

J'erre entre les chateaux de sable humide et les palaces détruits des rêves de l'enfance. Je me sens soudain fatiguée.
Je marche pieds nus et je brise un peu d'innocence à chaque pas sur les murailles dressées à coup de pelle en plastique. Les ponts, les tours, les remparts, tout cela est si fragile.

Je lève les yeux. Le soleil va disparaître, si vite. Mon ventre se serre. Comment être sûr qu'il reviendra? Je n'ose jamais y croire vraiment.

Je me suspends à la ligne d'horizon, me hisse sur son fin tracé. Comme une acrobate je m'agrippe au fil de l'eau, et marche, cours, danse sur le trait qui sépare la mer du ciel.
Et m'écroule dans le sable mouillé avant même de m'apecevoir que ce n'est qu'un rêve. L'illusion des sens? Je m'y plonge délicieusement.

Je ferais mille fois le tour de la terre en glissant le long du fil ténu de l'horizon, entre les cieux bleutés et la mer profonde, sans jamais choisir l'un ou l'autre, sans plonger ni voler, sans appartenir à rien...

Je glisse et ricoche, je suis la funambule qui s'élance sur la la ligne du bout de la terre, du fond extrême du regard.

Je déambule sur les chemins de l'horizon, ce que les yeux ouverts ne peuvent distinguer qu'avec peine, ma bouche cueille les nuages et la plante de mes pieds foule la surface cristaline de l'eau salée.

Entre ciel et terre, j'avance.

Entre ciel et terre.

Et au crépuscule du monde l'océan se déploit.

jeudi 11 janvier 2007

Ecume


Lentement.

Dans les manches, dans les ourlets trop bien fait de mes manches sales, des grains de sables. Le monde en miniature, la plage qui, clandestine, s'embarque dans ma valise. Dans chaque minuscle caillou l'océan à venir, et nos vagues déferlantes et le vent qui claque.


Le phare éteint.
Les navires qu'on fracasse.


Tout remballer, cacheter, entasser sans maudire. Plus le temps de ressortir, d'humer l'air salé, d'emplir indéfiniment mes poumons de bouteilles vides. Squelettes de messages échouées sur des plages de silence. Une suplique dans un corps de verre. Le dernier signe, des millier d'étoiles de cristal sur les rochers parsemées.

Pas un murmure.


Le sable qui demeure dans les ourlet de mes manches reste mon seul au revoir.


Une caresse. Papières closes, devant la vitre.
Un instant, une vie.


Juste l'obscurité orangée, soudain assombrie par un nuage que je devine.


Une caresse, un frôlement.

L'appel de la peau à des mondes de tendresse. Souvenir déposé sur la joue lisse et perlée d'une larme fuyante.


Une mèche de cheveu. Lentement la sentir balayer mon visage. Se dérouler par dessus l'oeil fermé, par dessus le sillon humide à peine tracé, par dessus l'existence qu'on ne reconnaît plus. Quitter le chignon trop bien fait, les apparences polies par l'habitude.


Quitter la chambre où nul sommeil ne viendra plus poindre à l'aube, où seront à jamais mûrés les rêves.


Une bougie, la cire qui fond, comme glissent au loin les souvenirs vivants, comme la chair porte en elle l'oubli et l'illusion. Une bougie sur une tablette, un livre ouvert, des poèmes dont personne ne peut entendre les cris déguisés sous les mots que le crayon de bois à légrement souligné.


Près du livre, un verre vide. Pas même un reste d'eau pour celui qui pourrait survivre, pas une goutte d'espoir pour l'assoiffé, rien, rien que la sécheresse avide entre les parois miroitantes. Sur leurs rebords courbés l'esquisse rosée d'une bouche, et la poussière scintillante du temps qui déjà reprend sa place.


Aux murs les traces languissantes de tant de soupirs. Te rappelles tu les amours le miel poudré des étoiles filantes à décrocher ensemble tes baisers la canelle sur mes lèvres le volcan dans nos ventres et la musique et la musique infinie de ton souffle mêlé au mien?


Aux murs gris ne restent plus que la banalité des jours à venir, des jours absents.


T'imagines tu toutes ces heures acculées, toutes ces secondes concassées émiettées de morne ennui?

Du sable goudronné qui s'écoule sans rebond, qui s'écoule à l'infini en ruban d'autoroute, des retours de vancances, des kilomètres de tristesse sans paysages aux fenêtres pour s'échapper en songe.


Un fissure près du plafond. L'ampoule nue et décharnée qui suspend son petit corps au bout d'un fil noueux.

Le chambranle de la porte. Cette porte que bientôt l'on fermera à jamais sur nos souvenirs encore vivants.

Serrure. Tour de clé sur un passé sucré salé. Sur l'harmonie du temp d'hier, sur les brins d'herbe sous nos têtes rêveuses, sur la courbe de ton dos, sur la douceur de ta bouche comme sur les lendemains qu'on y avaient inscrit de nos baisers.


Plus rien ici.

Plus rien que l'absence criante de lumière. Crépuscule et ténébre.



Non, plus rien ici.


Bien loin de nos orchestres, de nos ballets lunaires, et des petits matins assoupis au creux du jour à naître.


Je n'y pense pas. Je ne peux les rappeller à ma mémoire usée de chagrin, ces nuits symphoniques sous les volutes des draps soulevés.


Je pense à la mer. Avec précaution je retiens le sable dans les manches relevées, et je laisse les flots bleux violets sombres joyeux lourds les tornades océanes me rendre flou du bonheur englouti.
Je ne veux penser à rien qu'aux vagues qui me soulèvent, vagues de desépoir peut-être, mais ça je ne le sais pas encore.


Je suis le goéland, l'algue et l'horizon à la fois.


Je suis l'îlot enseveli, l'esquif à la dérive et la roche saillante. Chairs tranchées.


Dans ma valise, les vêtements. Des loques impeccablement pliées, des blessures cachées. Pas un mouchoir ne sera froissé.


Pas un mot, pas une plainte.

Mon costume de fille sage revêtu sans un pli, ma douleur encaissée sans un mot, le sourire contri endossé, et les corridors de l'oubli.


Ma mémoire au rouleau compresseur, quant-à mon coeur, pauvre petite chose sanglante, ça fait bien longtemps qu'il a saissé de battre.


Les forêts de nos amours bientôt abattues. Un à un tomberont les grands arbres.

Désespérante clairière dont je sentirait la tache pâle augmenter sans cesse. Mon ventre est cette longue plaine déboisée, cette étendue vide et séche.


Face à la mer. L'humilité me fait courber la tête.



Je ne peux oublier. Tout est là, dans les grains se sable que j'emporte en secret.



Je peindrai la plage sur le bitume des villes, et l'océan à nouveau viendra lécher mes pieds nus et rafraichir mon coeur douloureux.



Des grains de sable.

Des millions de grains de sable.


Et toi, disparu au milieu.


.